Robert Bourges, portraitiste Graulhétois

Ne pensez pas de lui que c’est un ours mal léché en vous rendant sur son site ! Bien au contraire, cet artiste peintre, installé depuis peu à Graulhet, nous livre une bonne dose de bonhommie; marqué de l’empreinte d’une vie aventureusement exceptionnelle que nombre d’entre nous n’ont pu qu’imaginer à travers les écrits de Jack London et de bon nombre d’histoires de pionniers du Grand Nord Canadien.

Oui c’est sans conteste possible l’un des derniers vrais explorateurs de notre temps, tels que ceux entrevus dans les documentaires de Jacques-Yves Cousteau. Technicien en exploration géologique puis chef de laboratoire à la baie James dans le Grand Nord dix années durant, suivi d’un périple de 4 ans autour des États-Unis. Ça forge un puits d’histoires forcément. Toujours marqué d’un léger accent Québécois à condition d’avoir toutefois l’oreille attentive, c’est aussi la rareté d’une rencontre improvisée avec un aventurier hors du commun.

Il est donc inutile ici de parler de ses voyages puisque vous trouverez toutes ces informations sur le site de « T-Bear le Bienheureux ! ». Ou mieux encore, d’aller à sa rencontre au cœur de son charmant atelier de la petite place du Mercadial. Et s’il n’y est pas, c’est qu’il est en mission d’exploration dans le voisinage ou auprès de nos charmants commerçants pour alimenter son imaginaire. Observez les alentours et chercher quelqu’un avec une toile sous le bras. C’est bien lui !

Attentif aux faits et gestes de nos contemporains et de la vie en société comme tout artiste, il transfigure avec une certaine aisance et une parfaite maîtrise, tous les artifices de notre vie d’hommes et de femmes meurtris par le temps, pour ne conserver que la pureté et l’innocence de nos âmes originellement modelées.

Robert Bourges est un « magicien ». Un geste, une attitude, une parole et tout est dit de vous. Tout ce qu’il posera de vous sur sa toile ne sera que sincérité et beauté intérieure. Démarche essentielle pour qui désire se retrouver de l’autre côté du miroir !

De l’éloignement forcé des hommes, nous tirons le meilleur de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils valent. Robert Bourges le sait bien et nous le démontre sans éloquence. Juste pour le plaisir des yeux et la tournure d’esprit que lui procure la discipline.

Un pays sans peintre et sans poète est un pays sans âme. Graulhet vit au rythme de la brique qui s’effrite inlassablement, mais le ciment une nouvelle fois est de retour. Sachons l’accueillir sans crainte afin que les mémoires d’antan ressurgissent d’entre les pierres et se mêlent aux vivants, aux sons des cris de joie des enfants de la rue Pannessac située à deux enjambées de là qu’en d’autres temps il aurait si bien peint.

Point de mascarade ou de martyr dans l’immense farandole qui s’annonce. Robert Bourges est incontestablement de ceux qui animent le cœur de notre cité. Ne le laissons plus s’envoler et gardons-le égoïstement le plus longtemps possible !

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Interview T-Bear (R. Bourges)

Bonjour Robert. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Astrologiquement, un bélier-dragon qui broute la vie avec feu. Autrement, plus physiquement, un barbu grisonnant de soixante-sept ans. Quand j’étais plus jeune, c’était mon nez qui me précédait. Maintenant, c’est ma petite bedaine. Est-ce que ça répond à votre question ?

Sur le plan physique caricatural peut-être, mais pas sur le plan de votre personnalité. D’après ce que je sais de vous, vous êtes un homme ne reculant pas devant les défis. Et des défis, vous en avez relevé pas mal au cours d’une vie aventureuse hors des sentiers battus. Pourriez-vous broder un peu plus sur ce thème ?

Mais pourquoi donc ? vous venez d’ en résumer l’essentiel. Enfin, pas de fausse modestie. Je suis très fier de ma vie, dure mais bien remplie. Le plus spectaculaire de ma carrière fut incontestablement les dix années passées en exploration géologique dans le grand nord Canadien, dont sept écoulées sous la tente, été comme hiver. Il y a eu d’autres moments assez mouvementés mais moins inédits. Mon dernier défi en date, c’est d’entreprendre à soixante sept ans une carrière de peintre public.

Justement, comment en êtes-vous venus à la peinture ?

Depuis ma petite enfance, j’ai aimé peindre. A un journaliste américain qui m’interviewait au sujet d’une fresque que je venais de peindre en Floride, j’avais répondu ceci : j’ai dû peindre ma première fresque à l’âge de trois ou quatre ans. Malheureusement, mes parents n’ont pas apprécié le prodige, vu que c’était sur le mur du salon et qu’ils n’appréciaient pas l’art naïf. En fait, c’est la caricature qui fut ma première arme pour me défendre dans la vie. Mes professeurs apprirent très vite à me respecter pendant mon adolescence. Dissuadé par mes parents d’en faire une carrière, je n’en ai pas abandonné le dessin ou la peinture pour autant, même pendant les grands froids canadiens. Même par –50° centigrades !

Vous ne pouviez certainement pas peindre à l’eau par ces températures là, ni même à l’huile. Quels sont vos médiums préférés et pourquoi ?

Effectivement, pas dehors. Même sous la tente, il gelait ferme pendant la nuit et par beau temps, nous n’obtenions qu’un maigre 10° pendant le jour. Non, à cette époque j’utilisais crayons, fusain, sanguine et pastel qui résistent autant que nous aux températures extrêmes. Hydro Québec, l’équivalent québécois d’E.D.F., m’avait même offert une très belle boîte de pastel et des crayons de couleur pour que je continue à faire les portraits de ceux qui m’entouraient, ce qui améliorait leur moral et le mien pendant les longues nuits d’hiver. Dans des climats plus cléments, j’ai beaucoup peint à l’huile jusqu’à ce que je découvre l’acrylique. Depuis, je ne peins plus qu’avec ce médium beaucoup plus résistant à tout, qui sèche vite et qui est inodore. Quand on passe quatre ans, 365 jours par année à sillonner les États-Unis dans un camping-car, on ne peut se permettre d’attendre que la peinture sèche ni asphyxier son conjoint avec les émanations de la peinture à l’huile. Maintenant, je peins exclusivement à l’acrylique, même au couteau.

Pourquoi et pour qui peignez-vous Robert ?

D’abord et avant tout parce que c’est mon moyen préféré d’expression depuis toujours… enfin, peut-être pas quand j’étais nourrisson, je ne m’en souviens plus très bien vous savez. (rires) Je peins d’abord et avant tout pour moi. Il y a des moments d’inspiration onirique, c’est exaltant. Ils me permettent d’exprimer mes idées et ce que je ressens tout au fond de moi. Mais en dehors de ces moments privilégiés et intimes j’aime beaucoup nous peindre, nous les humains, dans notre vie prosaïque. C’est un peu mon appétit de caricaturiste qui me titille. Maintenant, je suis en train de réaliser mon rêve de jeunesse; devenir un peintre professionnel ou plus exactement un peintre public. Et en tant que tel, je me dois à mon public qui me le rend bien.

Qu’entendez-vous par “peintre public” ?

Justement, me mettre au service du public. Que ce soit en amateur, au temps où je peignais mes compagnons de tente… ou le portrait de leur femme d’après une photo pour la tête et une photo du Playboy pour le corps… (rires). Si, si, c’était très demandé. Tous avaient la nostalgie de leur bien aimée, laissée à plus d’un millier de kilomètres au sud.
Que ce fut en amateur ou maintenant en professionnel, c’est le public qui m’a toujours inspiré. En amateur, il me nourrissait l’esprit. A l’esprit s’ajoute maintenant l’estomac. Et le public a toujours répondu présent partout où je suis passé. Je dois représenter un besoin, une nécessité. Curieusement, ce ne sont pas les plus nantis qui m’ont nourri au début mais souvent les moins favorisés financièrement. Je ne les ai jamais repoussés, bien au contraire. Je dois beaucoup au public, quel qu’il soit. Je l’aime et il me le rend bien. Ma porte est ouverte à tout le monde et il fait presque office maintenant de l’ancien salon de coiffure. La plupart de ceux qui me rendent visite n’ont pas les moyens de se faire tirer le portrait, mais ils ont l’amour de l’art en eux et aussi le besoin de communiquer. Et ils viennent me raconter le passé et le présent à travers tous les potins de la ville. J’aime ça et ça ne m’empêche pas plus de peindre qu’un barbier de raser sa clientèle.

Mais pourquoi avoir choisi Graulhet ?

Je n’ai pas tout d’abord choisi Graulhet, mais c’est Graulhet qui m’a choisi. Il y a deux ans, nous cherchions une location dans le midi de la France et une annonce sur Graulhet semblait répondre à nos besoins. Bon, je savais que ma famille était plus ou moins originaire de la région, plus particulièrement de la Montagne Noire et du Sidobre et j’ai effectivement retrouvé de la famille ici. Ma femme, une Québécoise pure laine, et moi n’avions aucune idée de ce qu’était Graulhet. Ce pays vallonné nous a enchanté, comme un parfum et un rêve de douce France. Nous avons loué. C’est en y vivant que nous avons découvert le charme incroyable de Graulhet tant dans ses ruines que dans la chaleur de ses habitants. Et nous ne sommes pas prêts de nous en lasser, je crois.

Merci beaucoup pour ce témoignage Robert.
Propos recueillis le 16/07/07

Mise à jour du 25 janvier 2014 – Robert Bourges s’est finalement envolé pour rentrer au Canada auprès des siens. Mais toujours présent en esprit et dans nos cœurs, vous pouvez lui rendre visite ici :

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