L’ART ET LA MANIÈRE

Beau discours pompeux…

Le monde de l’Art est vaste et l’arrivée des nouvelles technologies a bouleversé notre manière de l’appréhender. Les multiples courants de pensée ont modifié sa longueur d’onde et son mode de propagation. La mondialisation a pervertie notre communication outrancière ainsi que nos modes de consommation.

L’art de consommer ne doit pas nous faire croire qu’en achetant plus cher nous vivrons mieux ou plus longtemps. Ne pensez pas que l’on devient un artiste à partir du moment ou on expose dans une galerie. L’art, je le répète, est en chacun de nous. A chacun donc d’en extraire le jus pour se sentir l’âme d’un artiste.

L’Art n’appartient plus au monde de la finance et retrouve sa place véritable dans notre société déjà trop engoncée dans ses multiples standards.

L’art doit être accessible au plus grand nombre et ne plus servir simplement à blanchir l’argent sale, dormir dans des coffres, dans des musées rutilants et aseptisés ou dans de pseudos galeries branchées et anorexiques.

L’Art se démocratise et tout le monde aujourd’hui peut s’offrir l’œuvre qui le fait rêver, s’émouvoir, rire, pleurer ou même réfléchir. L’Art est un échange spirituel qui nous permet d’entrevoir d’autres âmes par de petites portes dérobées et intemporelles.

Dans le même temps, l’ Art se rebelle car on ne peut le canaliser ni l’uniformiser, lui, au bénéfice d’une minorité ou d’une moralité. L’art est un concept, l’art est en chacun de nous ! L’art diffère de chacun de nous. A nous d’être attentifs à nous-mêmes et aux faiblesses d’un système anesthésiant et globalisant pour en faire quelque chose de plus humaniste.

L’art appartient à chacun de nous et nous pouvons le partager avec tout le monde. L’Art ne tolère aucune espèce de frontière. Ni physique, ni morale, ni spirituelle. Il n’existe pas à proprement dit de technique de l’art mais plutôt un art des techniques.

L’Art se pense, il se cultive et se travaille avant de vouloir éventuellement s’exposer au regard d’autrui. Mais ceci ne constitue pas une finalité en soi.

On ne choisi pas d’être artiste. On le devient en voyageant à contre courant. Ce voyage est intérieur et fait souvent remonter des vérités que la vie sociale nous condamne à dissimuler de plus en plus. Sentiments refoulés, mensonges, tabous, prophéties, rêves inaccessibles et cauchemars trop souvent visités.

Ce n’est pas la « folie » qui a suicidé Van Gogh, mais l’ignorance et l’incompréhension de ses contemporains. Il n’existe pas de pire torture que celle du mental.

L’artiste est fragile et vulnérable. Il ressent puis ressasse sans cesse. Il est prisonnier de ses propres démons mais c’est le prix qu’il doit payer pour voir de l’autre côté du miroir. Il absorbe, il vampirise tout ce qui l’entoure puis le fait rejaillir d’un coup pour libérer momentanément son esprit, lavé, vidé. Tantôt névropathe, tantôt neurasthénique, il est toujours seul et pieds nus sur le fil du rasoir.

L’artiste doit être fin psychologue pour s’immiscer partout et en tout. Il doit avoir la faculté d’observer le monde qui l’entoure et ses semblables avec un certain recul et un détachement relatif, sans dédain. Mais il doit vivre aussi parmi ses semblables et subir leurs propres démons. C’est sans doute la pire des difficultés qu’il lui faille affronter. L’artiste est un anorexique du mental ! Il ne doit pas s’impliquer dans des souffrances qui ne sont pas les siennes mais il doit se mettre en condition de les ressentir puis de les posséder afin de les transposer le plus fidèlement possible.

Observer le monde tel qu’il est, l’analyser et le juger pour lui-même, sans jamais le trahir directement pour ne pas mettre en péril ses semblables. Dénoncer sans jamais imposer. Apporter une vision différente, sans interférer dans le déroulement des événements qui l’entoure. L’artiste ne dort pas, il veille. On peut haïr le travail d’un artiste mais nul ne peut l’opprimer !

L’artiste cesse de l’être, dès l’instant où il oublie qu’il peint d’abord pour lui-même. L’Art est la thérapie de l’âme, parfois son poison.

La beauté est inerte et subjective. La laideur exprime la cruauté de notre réalité virtuellement masquée. L’art de rendre beau ce qui ne l’est pas et son contraire, sans trahir. Montrer à quel point la beauté peut être laide et combien la laideur peut renfermer de réelle beauté. Faire tomber les masques !

Traduire sans pervertir et surtout sans asservir. L’artiste est le témoin du bien, du mal, il s’interroge puis il témoigne !

L’artiste est éphémère, son œuvre à plus long terme aussi. Mais son art lui apporte l’illusion de l’immortalité et l’empêche de sombrer quand il va chercher au plus profond de lui. Dans les plus sombres recoins de son esprit toutes ces images fantasmagoriques qui le hantent depuis sa naissance et qu’il doit extraire pour les emprisonner à jamais dans sa toile immaculée. Afin de les conjurer pour « l’éternité » !

Depuis l’aube de l’humanité jusqu’au jour prochain de son extinction, l’ Artiste témoignera parce qu’il est  anarchiste et anti-mondialiste !

Mes anges ont les ailes froissées mais je siffle en marchant vers les cieux.

Passagers virtuels, gardez-vous bien…

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